—Mieux que personne je sais peut-être autre chose,» riposta José Escaldas.
Il souriait, avec l’air mystérieux qu’il prenait, voici des années, quand il racontait aux deux cousines quelque histoire effrayante des pampas. Il avait été pour elles un grand camarade, et ni l’une ni l’autre n’eût songé à se méfier de lui ou à le tenir à distance, comme l’avait fait tout à l’heure le père de Françoise.
Celle-ci, sans même s’offusquer de sa libre allusion au prince Gairlance, tout à coup distraite et intriguée, comme une enfant qu’elle était encore, questionnait de ses yeux élargis et scintillants, ce brun visage familier.
Les traits maigres et arides de José Escaldas, ses cheveux poussés trop en arrière sur son front jaune, sa courte barbe, frisée et grisonnante, son corps étriqué, sans aisance dans l’habit noir, prenaient un certain air fatidique pour cette imagination de vingt ans, dont l’élasticité rebondissait vite à l’espérance.
—«Qu’est-ce que vous me racontez, monsieur José?» dit Françoise avec son prompt sourire, «Êtes-vous devenu sorcier?
—Peut-être.
—Et vous exerceriez votre pouvoir en ma faveur?» ajouta-t-elle, croyant suivre un badinage, mais soulevée au fond par ces désirs si puissants de la jeunesse qui ne trouvent invraisemblable aucune de leurs réalisations.
—«Vous ne savez pas à quel point,» répliqua-t-il avec un air de gravité impressionnante. «Et, ce jour-là, vous trouveriez le prince Gairlance un trop piètre parti pour vous.»
Françoise eut dans ses prunelles transparentes d’aigue-marine un éclat malicieux et ravi. On y lisait, comme si elle l’eût crié tout haut: «Un parti?... Mieux que cela ... Celui que j’aime, celui que je serai toujours trop heureuse de choisir.»
—«Ah!» soupira Escaldas, «si j’avais seulement un allié avec moi!