Escaldas regarda dans le vide, réfléchissant. Sur les tablettes de sa mémoire se dessina le tatouage, que, d’après la description de l’Indienne, il imaginait au bras gauche du marquis de Valcor.
—«Peut-être bien ...» chuchota-t-il.
Mais c’était une évocation tellement imprécise, tellement vague!
—«Il y a un homme qui nous dirait cela, si on pouvait l’acheter. C’est Firmin, le valet de chambre. Par quelle tentation séduire un valet dont le maître est cinquante fois millionnaire?... Et nous qui n’avons pas le sou!
—Attendons l’enquête. N’avons-nous pas pris des conclusions sur cette base? Il faudra bien qu’il montre son bras au juge.»
Sur ces mots, Gilbert frappa contre une porte, qui, presque aussitôt, fut ouverte par Bertrande.
La jeune fille habitait deux pièces: une chambre à coucher et un petit salon.
Pauvre salon. Mobilier médiocre et fané, dont la banale misère paraissait plus lugubre, sous l’éclairage d’une mauvaise lampe à pétrole, par l’absence de feu dans cette fraîche soirée d’octobre, et par l’étalage, sur un journal, en guise de nappe, des quelques sous de charcuterie achetés par Bertrande pour son souper.
Le prince Gilbert Gairlance de Villingen, le prince Gégé du monde où l’on s’amuse, rougit devant Escaldas d’une bonne fortune qui faisait si peu d’honneur à son élégance et à sa générosité. Il s’en prit à sa maîtresse.