LA LETTRE RÉVÉLATRICE
LE lendemain soir, vers neuf heures, M. de Valcor, assis dans son cabinet de travail, réfléchissait.
Il se tenait enfoncé dans un fauteuil, devant la cheminée, où flambaient quelques bûches. Le froid de l’automne commençait à se faire sentir, dans ce vaste hôtel de la rue du Bac, dont le calorifère n’était pas encore allumé.
Renaud songeait qu’en temps ordinaire sa femme et sa fille seraient de retour à Paris. La saison hivernale s’ouvrait. Il conduirait dans le monde et au théâtre cette ravissante Micheline, son orgueil et sa joie. Les salons de sa belle demeure, où il se sentait si seul, s’empliraient d’amis joyeux, pour fêter la triomphante héritière. Mais tout cela n’était pas. Et pour que cela fût encore, quelle lutte n’aurait-il point à soutenir!...
Mme et Mlle de Valcor ne quittaient pas le Finistère. Là-bas, dans leur château, enveloppées par le respect d’une population dévouée, elles échappaient en partie aux angoisses de cet abominable procès. A Paris, quelle serait leur situation? Devraient-elles braver l’opinion ou la ménager? Se cacher ou se montrer? Dès qu’un salut hésiterait sur leur passage, ne croiraient-elles pas à une défection, à une insulte? Elles mèneraient une existence intolérable.
Micheline avait voulu l’affronter. D’abord, elle réclamait sa place auprès de son père, pour le soutenir, pour afficher hautement sa foi et sa confiance filiales. Laurence, éperdue et timide, ne se sentait pas le même courage. Elle avait retardé, tergiversé. Et maintenant elles n’avaient plus de choix. L’épreuve, si effroyable, si inattendue, terrassait la marquise de Valcor. La malheureuse femme venait de tomber malade. Les médecins déclarèrent qu’ils ne la guériraient—si elle pouvait guérir—que dans le repos de la campagne. Leur fille se devait à elle autant qu’à lui, étant même plus indispensable à cette mère faible, nerveuse, horriblement abattue. Toutes deux restaient donc en Bretagne.
Comme cet état de choses devait se prolonger, M. de Valcor avait fait venir à Paris le personnel qui lui était nécessaire, avec deux chevaux de selle, l’attelage du coupé de ville et le landolet électrique.
Le sentiment de sa solitude l’oppressait particulièrement ce soir.