—A demain donc, mademoiselle Françoise, car voici, je crois, quelqu’un qui attend pour vous inviter à danser.»

Un jeune homme, en effet, un cavalier tellement indifférent à Françoise, qu’elle l’accepta sans même le regarder, s’inclina dès qu’il vit s’écarter José Escaldas et sollicita l’honneur du cotillon avec Mlle de Plesguen. Celle-ci mit la main sur son bras, et se laissa emmener vers la grande galerie, où Micheline et le prince Gilbert entamaient la première figure.

Malgré la griserie d’illusion donnée à Françoise par les étranges propos de José Escaldas, la jeune fille ne put surmonter sa souffrance en constatant l’air de triomphe et de fatuité, le galant empressement auprès de sa danseuse, qui éclataient dans toutes les façons, d’ailleurs parfaitement élégantes, du prince Gilbert.

Mlle de Valcor et lui formaient un beau couple, en dépit de la taille médiocre de Gairlance, qui atteignait tout juste celle de Micheline. Mais il avait une grâce mâle et assurée, une séduction incontestable, et il était là sur son terrain d’homme du monde accompli, dirigeant avec un art aimable les fantaisistes figures du cotillon, et dansant à miracle, avec un rien de négligence, qui marquait son dédain complaisant pour l’exercice frivole où il excellait.

Tant de conquérantes vertus, dont s’émerveillait la galerie féminine, restait sans effet sur sa ravissante partenaire, la seule entre toutes qu’il eût voulu toucher.

Micheline de Valcor, les yeux noyés d’un rêve triste, un sourire voulu sur les lèvres, dansait sans lui parler, sans le voir pour ainsi dire, et, même dans la valse, quand Gilbert enlaçait son corps souple, il la sentait très loin de lui.

«Ah!...» se dit-il, «elle ne serait pas si absorbée pour un malaise de sa future belle-mère. Une fille de tête comme celle-là!... Il y a autre chose. Est-ce que cela craquerait du côté de son petit séminariste de Ferneuse?... Ça m’éviterait la peine d’éliminer le freluquet, comme j’en ai si furieusement envie. Je voudrais voir ce gaillard-là sur le terrain ... Mais, le plus sûr, c’est une bonne brouille entre les amoureux. Cette belle créature aux yeux de braise et de velours se doute peut-être enfin qu’un blondin à figure de Carême n’est pas du tout son affaire ...»

Cependant les salons de Valcor s’étaient peu à peu désemplis. Les invités venus de Brest ou de châteaux éloignés se retiraient les uns après les autres. Une vingtaine de couples, tout au plus, achevaient le cotillon. C’étaient, pour la plupart, des amis intimes qui recevaient l’hospitalité dans l’immense château.

Déjà, sur les massifs, étoilés de fleurs électriques, la pâleur d’une aube d’été glissait, fanant les calices de lumière.

Brusquement, ils s’éteignirent tous dans le parc, tandis que, sous les plafonds éblouissants, la jeunesse inlassable ne se doutait guère que cette nuit de plaisir cédait déjà la place au jour.