A ce moment, Renaud de Valcor, laissant enfin ses traits se crisper d’inquiétude, se réfugia, pour se détendre de la pénible contrainte, dans un petit salon qu’il croyait désert.

Tout de suite, il y aperçut sa femme.

Laurence était abattue sur un divan, la tête renversée sur les coussins, les yeux mi-clos, pâle comme une morte. Une telle douleur dévastait son visage que son mari n’osa, cette fois, la traiter ni en malade ni en enfant.

—«Montons,» lui dit-il. «La maison ne contient plus que nos hôtes, qui y sont chez eux. Vous pourrez enfin m’expliquer ...»

La marquise tourna vers lui ses yeux sombres et doux, où il vit une expression pareille à celle d’une bête inoffensive sur laquelle se lèverait le couteau du chasseur.

Jamais elle n’avait lutté contre lui, fût-ce une minute.

Il comprit l’affreuse angoisse qu’elle éprouvait à l’accuser, et, quelle que fût cette accusation, il se dit qu’il en triompherait aisément dans ce cœur tendre.

—«Chère Laurence,» murmura-t-il, «quel que soit le mal que vous soyez en train de vous faire à vous-même, je jure de vous en guérir. Venez ... Dites-moi ce qui vous tourmente ... Ayez confiance en moi.»

Sans répondre un seul mot, elle se laissa prendre la main, se leva et le suivit.