II
LA CACHETTE
PAR les immenses escaliers de pierre, à marches basses, recouvertes de tapis somptueux, par les corridors larges comme des galeries, le marquis et la marquise de Valcor s’éloignèrent de la salle de gala où s’achevait le cotillon.
Tout à coup, en arrivant sur un palier du second étage, dans l’aile où se trouvaient leurs appartements privés, Renaud et Laurence surgirent en la blême lumière de l’aube. Le jour naissant éclairait une vaste antichambre, tendue de tapisseries sombres entre les boiseries sculptées. Par les hautes fenêtres à petits carreaux, s’offrait une vue grandiose, d’une solitude infinie, que l’heure incertaine et mystérieuse emplissait de tristesse.
L’esplanade entourant le château aboutit, de ce côté, à la terrasse qui surplombe la mer, car c’était ici l’aile extrême de l’édifice. Les cimes des arbres séculaires qui bordent cette terrasse, et une assez longue rangée de ses balustres blancs, se détachaient sur le glauque abîme. Vers la droite, la crête aiguë d’un promontoire rocheux hérissait, contre la lividité des eaux et du ciel, ses dentelures d’un noir d’encre, brodées d’un fil d’or rose par le soleil levant.
Le couple troublé frissonna, malgré la familiarité d’un tel cadre, en passant soudain des clartés de la fête et de ses échos joyeux à cette pâleur et à ce silence de la Nature. En même temps, ils se virent l’un l’autre, avec des traits que la jeunesse enfuie ne défendait plus contre les meurtrissures d’une nuit blanche, dont le souci plus que le plaisir avait allongé les heures.
—«Où me conduisez-vous donc, Laurence? Dans le nouvel appartement de Micheline?»
De la tête, Mme de Valcor fit signe que oui. Elle mit la main sur le bouton d’une porte.