Pour ses dix-huit ans accomplis, Renaud offrait à sa fille, au lieu de l’unique chambre d’enfant occupée jusqu’ici par elle, un ensemble de pièces, dont la décoration et l’ameublement représentaient un somptueux cadeau.

«Quand, plus tard, elle reviendra nous voir avec son mari,» s’étaient dit les parents entre eux, «il faut qu’elle trouve ici une installation bien à elle, et qui lui plaise.»

Malgré les efforts de l’architecte et du maître tapissier, qui devaient livrer tout en état pour le jour de l’anniversaire, les travaux restaient inachevés.

Une pièce n’était pas faite.

Laurence y conduisit son mari.

Ce devait être un boudoir-bibliothèque. Micheline, qui adorait les livres, et en possédait de charmants,—éditions rares, reliures précieuses, mignons volumes presque illisibles dans leur finesse,—avait souhaité qu’on aménageât pour eux la chambre où elle se tiendrait le plus volontiers. En vue de cette destination, elle avait choisi la moins grande, mais la mieux située, dans la tourelle d’angle la plus rapprochée de la mer.

C’était un cabinet de forme irrégulière. On y accédait par trois marches. Deux fenêtres, étroites et accouplées, s’ouvraient sur l’Océan, bordé à perte de vue par des rochers farouches.

L’idée d’être chez elle dans cette retraite enchantait la rêveuse Micheline. Son désir de la rendre aussi originale que possible, et ses hésitations à ce sujet, n’avaient pas été pour peu de chose dans le retard apporté aux travaux. La veille seulement les ouvriers avaient attaqué un mur, où Mlle de Valcor voulait faire creuser une niche, que l’on garnirait de rayons pour certains de ses livres.

—«Vous reconnaissez cette chambre?» demanda Laurence à son mari.