—Ne parle pas ainsi, Bertrande,» lui dit M. de Valcor. «Sont-ce là les enseignements que tu as tirés de ta pieuse éducation chez les Géraldines de Quimper?... Comprends-tu maintenant ce que je craignais pour toi, de la vie, avec ton caractère et ta beauté, et pourquoi je désirais tant que tu te fisses religieuse?»
Ce fut son seul reproche. Et cette indulgence même, avec l’évocation du souci qu’il avait de tout temps pris d’elle, jetèrent de nouveau la jeune femme dans l’incertitude et le trouble.
Cependant, une autre anxiété l’étreignait. D’une voix tremblante, elle demanda des nouvelles de sa grand’mère.
Il lui peignit le désespoir de la vieille Mathurine, et avec quelle angoisse elle avait eu recours à lui.—«Quant à ta mère, son inconscience l’a préservée de cette nouvelle douleur.»
Le souvenir de l’Innocente attendrit sa fille peut-être plus que la pensée de l’aïeule rigide.
Renaud tâcha d’arracher à cet attendrissement le nom qu’il voulait connaître, celui du séducteur de Bertrande.
Elle défendait son secret plus mollement, noyée de larmes, et dans un tel besoin de confidence, d’appui! Celui qui s’offrait représentait pour elle une si invincible puissance! Le marquis de Valcor affirmait que, par son intervention, il arrangerait tout. Elle commençait à le croire. Y avait-il quelque chose d’impossible à celui qu’elle avait toujours vu l’arbitre des circonstances, là-bas, dans le pays où il répandait les bienfaits, comme un pouvoir surnaturel.
Peut-être, malgré tout, n’eût-elle pas nommé Gilbert, mais certaines de ses paroles, suivies de réticences, réveillèrent chez le marquis le soupçon qui, à plusieurs reprises, s’était porté sur son hôte de l’autre saison. Il se vit encore, chevauchant sur la route de la falaise, à côté de Gairlance, dont il entendait la protestation railleuse: «Me croyez-vous capable de mettre à mal une petite mascotte de village?...»
Renaud de Valcor tendit en lui-même cette faculté presque magnétique, grâce à laquelle, par la force de son regard, par la persuasion insinuante de sa voix, il faisait fléchir la volonté d’autrui. Il enfonça jusqu’à l’âme de Bertrande ses yeux dominateurs, et s’écria brusquement:
—«Puisque tu ne veux pas me dire le nom du lâche séducteur qui t’a rendue mère, je vais te le dire, moi: c’est le prince de Villingen.»