—«Vous allez me remettre,» s’écria-t-il, «tous les portraits semblables à celui-ci que vous possédez. Vous allez me jurer de faire détruire le cliché, et ensuite, vous aurez à me rendre raison d’une pareille infamie!»
Il serait impossible de décrire la frénésie furieuse, quoique contenue, qui animait le marquis.
Gilbert sourit, insolent et tranquille.
—«Pourquoi donc? Ce portrait est celui de ma maîtresse, Bertrande Gaël. N’ai-je pas le droit?...
—Vous savez bien, lâche insulteur, qu’il est la frappante image de mademoiselle de Valcor. Et vous avez combiné l’ignoble perfidie!... Vous avez fait coiffer Bertrande comme ma fille Micheline, foncer ses cheveux ... Et cette tête, un peu inclinée, est dans la position ou la ressemblance s’accentue ... Ma fille!... C’est ma fille ... Dans ce bourbier!... dans ce mauvais lieu!...»
L’album vola par la chambre, alla briser un de ses coins d’argent contre l’angle de la cheminée.
—«Monsieur,» prononça Gilbert, «je regrette qu’une de mes maîtresses ressemble à ce point à mademoiselle de Valcor. Du moins, je le regrette pour vous ... Non pour moi ... Mademoiselle Micheline étant très belle.»
Les yeux du marquis flamboyèrent. Ses mâchoires eurent un choc brusque. Avec quelle féroce joie il eût tué! Mais que pouvait-il?...
—«Je vous châtierai sur un autre terrain,» scandèrent ses lèvres serrées et blêmies.
—«Essayez,» riposta le prince. «A votre aise. Mais auparavant, daignerez-vous me dire ce qui me valait l’honneur de votre visite? Cet album ... Vous ne le connaissiez pas avant d’entrer ici?