—Non,» dit M. de Valcor, qui reprenait avec peine possession de lui-même. «Et cependant ... Celle dont voici l’image était la cause de ma démarche.»
Il agita légèrement la photographie, qu’il gardait à la main.
—«Comment?... Mademoiselle Micheline?...» demanda Gilbert, se méprenant avec intention, et soulignant son impertinence voulue par le plus narquois des sourires.
—«Non, monsieur. Mademoiselle de Valcor n’a rien à voir avec un drôle de votre espèce. Il s’agit de Bertrande Gaël.
—Faut-il,» interrogea le jeune homme avec une feinte complaisance, «accepter cette épithète de «drôle» comme la provocation que vous m’annonciez tout à l’heure? Moi, je veux bien. Seulement, ce pourrait être gênant pour mademoiselle de Valcor, que nos témoins mettraient forcément en cause.»
Renaud darda un regard profond sur son interlocuteur. Quoi! Trouverait-il chez ce jeune débauché un sang-froid supérieur au sien? Tout à l’heure, pour la première fois de sa vie, il s’était senti hors de lui-même. Voilà ce qu’il ne fallait à aucun prix. La prudence le lui interdisait tout autant que l’orgueil. S’il n’était pas encore entièrement maître de soi, il le paraissait du moins, par un souverain effort, lorsqu’il répliqua:
—«Votre remarque est juste, monsieur ... Aussi je retire le mot. Je vous appliquerai le soufflet que vous méritez dans telle circonstance où il sera impossible de mêler des femmes à notre rencontre. Maintenant, voici pourquoi j’étais venu. Vous convient-il ou non d’agir loyalement à l’égard de Bertrande Gaël?
—Mais,» fit Gilbert, «en quoi cela vous regarde-t-il?
—Je n’ai pas à vous le dire. Répondez-moi.
—Je n’ai pas à vous répondre.»