—«Si mon fils était vivant, je le saurais. Il ne m’aurait pas laissée le pleurer pendant plus de vingt années.
—Peut-être les circonstances ...»
Elle l’interrompit:
—«La terre n’est pas si grande. Celui qui y a sa mère et peut y vivre sans elle, est pire que mort.
—Votre fils,» demanda l’étranger, «portait bien un tatouage sur le bras gauche: une ancre entre ses initiales?»
Méfiante, elle dit avec indifférence:
—«Tous les garçons de la côte se font des dessins de ce genre.»
Il reprit très vite, sentant qu’elle se troublait, sous cette placidité voulue.
—«Mais tous n’ont pas, au-dessus de ce tatouage, vers l’épaule, trois signes bruns disposés en triangle, dont un presque aussi grand et aussi foncé qu’un grain de café.»
A ces mots, quelque chose d’éblouissant passa sur le visage de Mathurine. Ce ne fut ni rougeur ni pâleur, car les traits parcheminés ne laissaient point transparaître la sève vitale. Ce fut un reflet d’âme, un illuminement, un prodige d’expression, dont le faux vieillard s’émerveilla.