—«Un témoignage?... Comment?... Que voulez-vous dire?...

—Sans doute. La justice est en train d’établir la réelle identité de cet homme. On vous fera comparaître. Vous aurez à déclarer la vérité, au nom du Christ. Mais jamais vous ne la ferez éclater plus manifestement que tout à l’heure devant moi.»

Mathurine regarda son visiteur. Elle avait repris son sang-froid. Elle lui dit:

—«On me fera comparaître?... Vous n’êtes donc pas le juge, vous, comme vous prétendiez?...»

Escaldas trouva sans doute inutile désormais de trop composer son personnage, car ce n’est pas l’audace dans le mensonge qui lui manquait.

—«Je ne me suis pas présenté à vous comme un juge d’instruction, mais comme un homme de loi. Je suis avoué. L’avoué de M. Marc de Plesguen.»

Si peu qu’elle connût des péripéties de l’Affaire Valcor, Mathurine comprit quel piège on était venu lui tendre. Elle éclata d’un rire strident, d’un rire tellement spontané, ironique et sagace, que son interlocuteur en fut décontenancé.

—«Qu’est-ce qui vous fait rire, madame Gaël?»

Point de réponse, mais un regard qui valait le rire et souffletait aussi fort.

—«Parlons raison,» reprit Escaldas. «Vous venez de livrer votre fils. Celui qui se nomme réellement Bertrand Gaël est un homme perdu si vous refusez de vous entendre avec moi pour le sauver?