—«Où alliez-vous donc?» reprit celle-ci au bout d’un instant. «Pourquoi les laisser dans une illusion si dangereuse? Quand comptiez-vous anéantir leur beau rêve? Qu’attendiez-vous?»
Valcor continuait à se taire. Ses yeux ne quittaient pas les lèvres de Laurence, comme s’ils eussent tâché d’y surprendre des mots qu’elle ne disait pas.
—«Vous n’aviez pourtant pas l’intention de les laisser tomber dans ce piège infernal?... Oh! Renaud, parlez!... protestez!... Ma raison s’égare ...
—Précisément,» dit-il, «vous n’êtes pas en possession de vous-même. Je ne puis vous répondre maintenant.»
Elle gémit sous l’assaut d’une pensée plus atroce, ainsi que dans les tenailles d’une torture physique.
—«O Dieu!... Si Micheline allait en mourir!»
Le marquis tressaillit, lui aussi, comme touché brusquement par un fer rouge. De nouveau, malgré sa maîtrise de lui-même, sa physionomie s’altéra. Pourquoi Micheline mourrait-elle? Sa Micheline, sa fille adorée, son orgueil, sa joie!...
—«Allons!» fit-il d’un ton dur, «c’est assez de récriminations et d’équivoques. Où sont ces papiers? Laissez-moi les lire. Je vous répondrai quand j’aurai pesé toutes les données de la situation.
—Toutes les données!... Il n’y en a qu’une qui compte, et elle n’a pu sortir une heure de votre mémoire! Croyez-vous donc que ma douleur soit celle de l’épouse bafouée!... Avez-vous besoin de vérifier vos anciennes lettres d’amour, afin de mesurer mon offense et de découvrir un moyen de la leurrer? Peu m’importe que votre aventure se soit terminée avant notre mariage, ou que vous ayez trahi plus tard ma tendresse. Ce qui m’aurait tuée, si j’eusse été la seule victime, ne me touche qu’à peine auprès de la révélation affreuse....
—Mais quelle révélation?...» s’écria Renaud, lui saisissant le bras presque brutalement.