—C’est aujourd’hui même,» reprit Laurence, «qu’en creusant la paroi, les ouvriers ont découvert une cavité contenant les lettres que vous aviez autrefois si bien cachées. Micheline était là, donnant ses indications. Elle m’apporta le mince paquet, en riant de l’aventure, et sans en briser le cachet, grâce au ciel! Elle et moi, nous crûmes à quelque relique plus ancienne que nous tous. «C’est ton père qui l’ouvrira,» lui dis-je. Et je laissai là ces papiers. Distraites par les préparatifs de la soirée, nous n’y pensâmes plus, ni l’une ni l’autre. Mais, plus tard, en m’habillant pour le bal, sur un pli saillant, je crus reconnaître votre écriture ...

—Et vous avez lu?» demanda-t-il.

Maintenant, Renaud avait reconquis son sang-froid, jusqu’à renoncer même à manifester de la colère. Ce fut avec une espèce d’ironie bienveillante qu’il posa la question.

Le trouble de sa femme grandissait, au contraire. Elle se tordit les mains.

—«J’ai lu ... J’ai lu ... la chose abominable! Ah! croyez-le bien, ce n’est pas la jalousie qui me déchire le plus. Si j’étais seule à souffrir!...»

L’angoisse la suffoqua. Les mots moururent dans sa gorge, tandis qu’elle attachait sur son mari des yeux qui n’arrivaient pas à perdre leur infinie douceur, de larges prunelles d’ombre amoureuse, toutes noyées par une douleur sans nom.

Il eut pitié d’elle, car il appréciait sa grâce inoffensive, sa dévotion à toute épreuve. D’ailleurs, il croyait voir se réduire le problème à un orage sentimental, et son épouvante première diminuait.

—«Comme vous avez tort de vous tourmenter si follement, ma pauvre Laurence! Y a-t-il rien en ce monde qui soit irréparable?

—Quelle réparation offrirez-vous à ces malheureux enfants?»

Renaud regarda sa femme sans répondre.