—Comment savez-vous,» questionna Mathurine, «que ces marques existent sur la personne du marquis?

—Par une blessure qu’il reçut en duel. La souffrance l’ayant presque fait évanouir, on lui découvrit l’épaule, bien qu’il s’y refusât. Plusieurs personnes étaient présentes. Même si l’instruction n’ordonnait pas un examen signalétique intime, nous produirions des témoins. Et alors, vous arriveriez, vous, ignorant censément cette circonstance, avec une description identique se rapportant à votre fils.»

Mathurine l’interrompit.

—«Suffit. Je sais ce que j’aurai à dire au juge.

—Vous avez bien compris?

—Parfaitement. Je lui raconterai qu’on est venu pour essayer de m’acheter, pour me promettre beaucoup d’argent si je révélais, comme ayant existé sur mon fils, des signes qu’on a découverts au bras de M. de Valcor, après un duel. J’expliquerai comment on me les a décrits, ces signes ...

—On ne te croira pas, damnable vieille!» hurla Escaldas, étourdi de surprise et de fureur. «On pensera que le marquis t’a payée pour débiter cette fable.»

Mathurine secoua la tête. Une joie féroce avivait l’or vert de ses prunelles, que l’âge n’éteignait point.

—«On me croira,» déclara-t-elle. «Car je ne parlerai pas la première. Il faudra bien que vous indiquiez ces marques au juge, pour qu’il s’en occupe et me questionne. C’est votre arme d’attaque, et non une ressource de défense. Si vous ne vous en servez pas, qui donc aurait intérêt à les mettre en cause? Et vous ne pouvez plus vous en servir, sans que ma déposition vous rende aussitôt suspects.