—Que lorsqu’on porte le nom de Gaël, on ne vole pas celui de Valcor. Et que, si mon Bertrand était là, maintenant, sous vos traits, monsieur le marquis, je le tuerais de ma main, comme un infâme, un criminel et un imposteur.

—«On ne tue pas les morts,» dit vivement Renaud. «Et Bertrand est mort. Mais vous avez bien fait de répondre ainsi, maman Gaël.»

Il appuya son coude à l’angle de la pauvre table, posa sa joue sur sa main et s’enfonça dans une rêverie profonde.

Mathurine, les bras tombés sur ses genoux, ses vieux doigts entrelacés comme dans la prière, le contemplait.

Soudain, il tourna la tête. Leurs regards se croisèrent. Alors,—très doucement, tout bas, il dit:

—«Une mère ne peut pas haïr son enfant.»

La vieille femme gémit,—sanglot lugubre.

—«Et Bertrande ... Bertrande!...» clama-t-elle. «C’est mon enfant aussi, celle-là. Perdue ... Elle est perdue!... Pourquoi?... Son père ... disparu dans un naufrage. Sa mère ... folle. Folle de chagrin, et surtout ...»

L’aïeule s’arrêta, puis reprit, scandant les syllabes, la voix lointaine, les yeux envahis d’une clarté subite:

—«Ma bru n’a déraisonné qu’après une apparition bien étrange. N’affirmait-elle pas avoir rencontré son mari, sur la lande, à la brune?...