—La folie causa l’hallucination, et non l’hallucination la folie,» prononça vivement Renaud.

—«Plût à Dieu!» cria Mathurine. «Car, si l’Océan n’a pas gardé mon fils, comme on ose l’affirmer, ses crimes s’augmenteraient de l’assassinat de ces deux âmes. Si ma petite-fille a connu le mal, c’est parce qu’elle n’a pas eu de parents pour l’en préserver. Mes pauvres mains tremblantes d’âge n’ont pu la retenir. Et la voilà mère!... Sans époux!... Mère et déshonorée!...»

Renaud eut un mouvement. On avait donc appris la vérité à cette aïeule douloureuse?... La lâche action!

—«Je châtierai cet Escaldas! Je l’écraserai comme un serpent immonde.

—Il a pu croire ... il a pu dire,» s’écria Mathurine, «que mon fils vivait, d’une vie qui serait celle d’un démon ... Quel monstre aurais-je mis au monde?... Il me faudrait donc prier nuit et jour le ciel de foudroyer l’être qui me fut le plus cher, que mes entrailles et mon sein ont nourri!...»

Elle s’était dressée. Elle jetait vers M. de Valcor de telles phrases comme des imprécations, avec une voix vibrante, des yeux étincelants, une face d’indignation et de désespoir.

—«Taisez-vous!... Votre fils est mort, maman Gaël,» s’écria Renaud avec violence. «Ne l’accusez pas!... Ne le maudissez pas!...»

La vieille femme recula, chancelante.

—«Oui ... C’est vrai ... Bertrand est mort ... monsieur le marquis,» proféra-t-elle d’un accent brisé.