—«Comment avez-vous pu, Laurence, concevoir cette monstruosité, que j’eusse consenti à laisser ma fille épouser son propre frère, n’y eût-il qu’une probabilité sur mille qu’un lien si scandaleux existât entre elle et Hervé de Ferneuse?»

Maintenant, le ton du marquis exprimait la réprobation, l’honneur blessé. Le trouble,—tellement inaccoutumé chez lui,—dont il n’avait pas été maître au début de ce tragique entretien, disparaissait. Sa haute taille se haussait encore. Ses traits, finement busqués, reprenaient leur netteté énergique. Ses prunelles, impérieuses dans leur captivante douceur, étincelaient, d’un bleu transparent de gemme.

Laurence posa sur lui un regard qui s’égarait de plus en plus. L’effroi de ne pouvoir jamais pénétrer l’âme de cet homme, qu’elle craignait trop et qu’elle aimait trop, et l’horrible conviction qu’elle avait acquise, l’oppressaient comme la sensation d’un cauchemar dont elle n’espérait aucun réveil.

A la fin, se parlant à elle-même, la malheureuse balbutia:

—«Mais Gaétane de Ferneuse ... elle sait, elle ... Dieu! c’est peut-être sa vengeance ... Son fils n’aime peut-être pas réellement notre fille.»

Frappé de cette idée, Renaud tressaillit légèrement, fronça les sourcils et garda le silence, évaluant l’hypothèse.

Sa femme, alors, se tordit les mains et s’écria:

—«C’est à elle que j’en appellerai ... Je m’humilierai, je me jetterai à ses genoux. Je lui demanderai pardon de l’avoir chassée ... Mais je veux savoir ... Je veux savoir!...»

Les mots s’étranglèrent dans sa gorge. Le marquis lui saisissait les poignets, penchait vers elle un visage où la fureur effaçait tout vestige de pitié, et lui disait d’une voix rauque et terrible:

—«Je te le défends, tu entends bien ... Je te défends d’avoir aucune explication avec Gaétane de Ferneuse!»