Les murmures et les huées de la Gauche ripostèrent un instant, mais sans conviction.
C’était un spectacle tellement significatif que les farouches socialistes eux-mêmes le contemplaient comme une scène de théâtre bien machinée: toute cette fraction de la Chambre, représentative d’idées anciennes et d’une grandeur disparue, saluant, frémissante et debout, cet être vraiment fait pour incarner les fiertés de race, avec les traditions d’aventures, de hardiesse et de conquête.
Devant cette embarrassante ovation, le marquis de Valcor n’eut pas le mauvais goût de répondre par des gestes de souverain, non plus que la maladresse de s’y soustraire par un effacement confus. Il eut, vers les collègues qui l’applaudissaient, un long regard de reconnaissant orgueil. Puis, sans trop de lenteur ni trop de précipitation, d’un pas direct, et comme sûr du terrain qu’il foulait pour la première fois, il s’avança, monta quelques gradins, et prit place à l’extrémité d’un banc, au milieu même de la Droite.
Dans la tribune, Micheline essuyait furtivement les larmes radieuses qui menaçaient de déborder ses longs cils.
«Ah! si Hervé était seulement ici!...» songeait-elle. «S’il assistait à une telle victoire!...»
Et, comme un écho, un de ces échos de silence que nulle oreille ne perçoit, mais dont les vibrations ébranlent mystérieusement les cœurs, un soupir presque semblable s’exhalait, éperdu, là, plus bas, dans cette arène brûlante, où fermentaient tant d’intérêts et de passions.
Qui l’eût deviné, ce soupir, arraché au triomphateur par une pensée d’amour? Ce soupir gonflant, avec un nom de femme, cette poitrine, si calme en apparence, sur laquelle, maintenant, Renaud de Valcor croisait les bras?
N’était-il donc pas satisfait, le vainqueur du jour? Ne triomphait-il pas des êtres, du sort et des plus effrayants obstacles qui puissent entraver une destinée humaine? Ne rêvait-il pas quelque domination nouvelle, sur ce champ de la politique, où il arrivait en favori, en chef?
Les bravos qui l’avaient accueilli s’éteignaient à peine. Les beaux yeux étoilant les tribunes ne se déprenaient pas encore de sa mâle séduction. L’âcre encens de la jalousie flottait vers ses narines, de tous les coins de cette salle, pleine d’hommes souhaitant de vivre l’heure qu’il vivait.
Et lui, n’avait dans l’âme qu’un appel, qu’un cri, qu’un désir: