—C’est comme ma mère,» dit Hervé. «Pourtant, elle m’interdit de songer à vous désormais.

—Quel tableau d’obéissance filiale!...» s’écria Micheline, avec la prompte gaieté de son âge.

Elle riait, traçant de la main, autour d’Hervé, un cadre imaginaire.

—«Je n’ai pas promis l’obéissance,» répliqua-t-il. «Mais j’ai donné ma parole de ne pas franchir la grille de votre parc. Rien au monde, d’ailleurs, pas même mon amour pour vous, adorée Micheline, ne me ferait mettre aujourd’hui le pied sur les terres de Valcor, et ma mère pouvait se dispenser de mon serment.»

Le sourire dont il avait accueilli la plaisanterie de sa fiancée mourut sur ses lèvres. Une expression qu’elle ne lui connaissait pas, un orgueil amer, se fixa sur le juvénile visage, qu’une moustache blonde parvenait à peine à viriliser, tant il y avait de finesse dans le teint blanc et de douceur dans les yeux limpides.

Micheline resta silencieuse, le regardant avec plus que de la tristesse, avec une confusion navrée. Elle ne savait de quels mots se servir pour lui demander s’il était possible que, la nuit dernière, ses parents, à elle, eussent ignominieusement congédié sa mère, à lui. Que devint-elle, en entendant celui qu’elle aimait lui dire:

—«Sans vous, Micheline, et malgré ma mère, le marquis de Valcor eût déjà reçu mes témoins.

—Dieu!» cria la jeune fille. «Un duel entre mon père et vous!»

Un peu d’ironie passa sur le visage nerveux de M. de Ferneuse.

—«Oh!» dit-il, «je suis redevenu plus maître de moi-même. Je ne vais pas vous réciter le monologue du Cid. Et pourtant, ma situation n’est pas moins tragique que la sienne. Mais j’espère ne pas déroger à la fierté de mon nom, en me retenant de jouer ici le héros cornélien. Si le malheur veut qu’après avoir tout essayé, j’aperçoive mon devoir dans une démarche qui me ferait vous perdre, eh bien ...»