Il s’arrêta.

—«Eh bien?» répéta Micheline, dont le cœur sautait d’angoisse.

—«N’importe, ma chère aimée, n’envisageons pas le pire.

—Expliquez-vous, Hervé. Vous me devez le secret de toutes vos pensées. Qui me parlera, si ce n’est vous? Je vis dans le mystère. Mes parents se cachent de moi. Cette entrevue que vous nous avez ménagée au péril de votre vie est peut-être la dernière, pour bien longtemps. Oh! que tout cela est affreux!» gémit-elle, comme si la cruauté de leur sort lui fût apparue tout à coup.

—«Micheline, c’est vrai, il nous faudra beaucoup de courage et peut-être une longue patience. Entre nos deux familles, il y a certainement quelque secret terrible. Ma mère m’a dit d’espérer. Elle croit que ce secret ne mettra pas entre vous et moi un obstacle insurmontable. Cependant ... ô ma fiancée devant Dieu! vous qui, seule, posséderez mon cœur jusqu’à la mort, écoutez. Si tout notre amour, toute notre énergie, toute notre fidélité ne venaient pas à bout d’un tel obstacle ...

—Que feriez-vous?» questionna vivement Mlle de Valcor. «Est-ce alors que vous demanderiez raison à mon père?»

Hervé secoua la tête.

—«Je suis un croyant,» dit-il. «La science ne m’a pas éloigné de Dieu. C’est lui que je cherche à travers sa mystérieuse création. J’ai confiance qu’il me donnerait la force de renoncer à mes titres vains de gentilhomme et aux préjugés sanguinaires dont leurs traditions obscurcissent les âmes. Je quitterais le monde, où je ne pourrais devenir votre époux et où je serais trop tenté de me venger du marquis de Valcor.

—Vous vous tueriez?