—Non, Micheline, car ce serait éviter un crime pour en commettre un pire. J’irais poursuivre, au fond d’un cloître, les études d’où j’essaie de tirer quelque bien pour mon pays.»

Elle parut surprise et se tut. Une anxiété subite altéra la physionomie d’Hervé. Il se méprenait sur ce silence.

—«Vous referiez votre bonheur ...» murmura-t-il.

—«Vous pouvez le croire!» s’exclama Micheline. «Oh! non, Hervé, non!... Votre résolution m’étonnait, parce que, moi, il me semble que je préférerais mourir.»

Cette fille charmante prononça ces mots avec une simplicité qui leur donnait une force merveilleuse. D’un caractère moins contemplatif, moins imprégné de traditions religieuses que celui d’Hervé, elle n’envisageait pourtant pas plus que lui leur amour comme un sentiment qui pouvait changer ou finir. Seulement, devant la résolution inattendue de l’homme dont elle ne connaissait pas encore toute l’âme, elle avait eu un instant d’hésitation, un retour sur elle-même. Quelle forme prendrait son renoncement à la vie si elle devait perdre l’amour qui lui représentait toute sa vie?

—«Micheline,» dit M. de Ferneuse avec un beau sourire, «vous savez que notre premier devoir est l’espérance.

—Je ne cesserai d’espérer qu’après vous-même,» dit-elle.

—«Alors,» reprit-il avec une espèce d’espièglerie, «nous en avons pour longtemps.»

Ils rirent. Ils étaient jeunes. Et ils se sentaient si sûrs de s’aimer!