Mlle de Valcor regarda autour d’elle.

Du rocher tout proche, hors d’une anfractuosité, jaillissait, parmi quelques pauvres graminées, une petite fleur rosâtre et sans nom. Micheline la cueillit, la baisa, la tendit de toute la longueur de son bras. Son fiancé put saisir la corolle frêle. A son tour, il y posa les lèvres, la glissa contre son cœur.

—«Au revoir, Micheline adorée. Je suis à vous pour toujours.

—Au revoir, Hervé. Je vous aime. Je serai votre femme ou je mourrai.»

M. de Ferneuse commença de redescendre. Il le fit avec la lente et sûre agilité déployée dans l’ascension. Pas une fois il ne leva la tête. La moindre distraction eût été fatale. Mais lorsque, enfin, il posa le pied sur l’espèce de lacet praticable, contournant la falaise et taillé pour les touristes amateurs d’émotions, il retira la casquette de toile qui le coiffait, et dirigea les yeux là-haut, vers l’aimée.

Elle vit ses cheveux blonds lustrés, qui brillaient dans le soleil, et sa face claire où elle devina le reflet d’une âme incapable de découragement, d’inconstance, d’aucune fraude morale. Elle se sentait vaillante et sûre comme lui, résolue comme lui. Elle espéra. Aussi, avec plus de douceur que de mélancolie, suivit-elle la mâle silhouette élégante, qui disparut à l’angle du rocher.

Alors, elle mesura l’horrible chemin parcouru par Hervé pour monter jusqu’à elle. La muraille, grise et sans ombre dans la pleine lumière, paraissait presque lisse. En bas, c’était l’abîme, avec le hérissement féroce des granits et l’irritation perpétuelle des lames contrariées.

Micheline s’enivra d’horreur et d’orgueil, maintenant qu’elle ne craignait plus pour l’audacieux ami.

«Ah! je puis être fière d’être aimée à ce point!» pensa-t-elle.