—«Vous avez donc, monsieur, des choses bien mystérieuses à me communiquer, pour m’avoir fait venir si loin?» demanda Marc en le saluant à peine.

—«Très mystérieuses, monsieur de Plesguen.»

Le mot ne fit que refroidir davantage celui qui arrivait. Sa droite et simple nature répugnait à tout ce qui ne pouvait se dire tout haut ni se faire au grand jour.

—«Allez, monsieur, je vous écoute,» fit-il en prenant une place aussi éloignée de José que la longueur du banc le permettait.

Le métis glissa tout près de lui, escamotant la distance d’un mouvement cauteleux et félin, sans tenir compte d’un haut-le-corps chez son interlocuteur.

—«Monsieur de Plesguen, ne vous écartez pas. Nous n’aurons point à nous repentir, croyez-moi, de parler à voix basse.» En effet, sa voix n’était qu’un susurrement.—«Quel serait votre état d’âme si je vous fournissais la preuve que c’est vous, et non votre cousin Renaud, qui êtes le chef de la famille de Valcor, le véritable titulaire du marquisat, le propriétaire légal du merveilleux domaine où nous sommes?»

L’état d’âme de M. de Plesguen, dont Escaldas se montrait si curieux, ne parut pas sensiblement modifié par une telle supposition. L’invraisemblable et l’absurde, dans la bouche d’un individu pour qui l’on manque déjà de confiance, ne peuvent que mettre davantage en garde contre lui. Marc leva seulement les sourcils et haussa les épaules.

—«Ce que je vous dis est absolument sérieux, monsieur de Plesguen.

—Il y a quelque chose de sérieux là-dedans, monsieur Escaldas: la course que vous m’avez fait faire en pleine chaleur, et que je regrette fort. Mais quant à vos sornettes!...

—Si ce n’est pour vous, écoutez-moi pour votre fille,» cria le Bolivien en le voyant se dresser.