—«Ma fille!...» murmura Plesguen. Il revoyait le rire de sa Françoise, avec le pétillement de ses yeux vifs. Il entendait encore le «Qui sait?...» plein de chimère.—«Vous n’avez pas débité ces folies à ma fille, je l’espère bien, monsieur?
—Non. Mais mademoiselle Françoise est vouée au malheur si vous ne vous faites pas restituer le patrimoine qui doit lui revenir. Elle aime le prince de Villingen, qui épouserait l’héritière de Valcor. Tandis que ...»
Le vieux gentilhomme ne le laissa pas achever.
—«Taisez-vous!... Quelle audace!... Présumer des sentiments de mademoiselle de Plesguen!»
Le maigre visage, à moustache militaire, se plaquait de rouge. La colère et l’émotion luisaient dans les yeux, ordinairement assez ternes.
Mais le trouble qui agitait Marc n’était pas fait seulement d’indignation. Une anxiété l’étreignait. Comment deviner un cœur de jeune fille?... Serait-il possible que la sienne se préparât le chagrin d’une amourette insensée?...
Escaldas vit fléchir légèrement la raideur du buste, et une nuance implorante atténuer l’irritation de la physionomie. M. de Plesguen ne faisait plus mine de vouloir s’en aller.
—«C’est au père que je m’adresse,» reprit humblement le Bolivien. «J’ai vu votre Françoise tout enfant. Je lui suis dévoué. Je tiens son bonheur dans mes mains. J’en suis sûr. Et vous voulez que je ne vous en parle pas!...»
M. de Plesguen se taisait. A peine percevait-il le sens de ces paroles. Des billevesées, écloses dans la cervelle sans pondération de ce natif des pays chauds! Mais sa colère tombait, noyée de tristesse. Françoise, sa jolie ambitieuse, comme il l’appelait ... Ah! cela ressemblait à cette folle tête, de rêver un mariage impossible. Que deviendrait-il, lui, si elle allait souffrir pour de bon!