—Il était parti presque un adolescent encore,» répondit Marc avec lenteur, interrogeant ses souvenirs. «Il revenait un homme. Plus qu’un homme, une espèce de héros. Il avait souffert toutes les privations, connu tous les dangers, puis éprouvé les rudes ivresses du civilisateur, du conquérant. Il s’était battu, il avait mal guéri de terribles blessures. Les fièvres l’avaient consumé. Et peut-être—on ne me l’ôtera pas de l’esprit—nul adversaire ne lui avait donné plus de mal à vaincre que son propre cœur. Comment n’aurait-il pas paru changé?»
José Escaldas se leva du banc, s’approcha de Marc, toujours debout, se haussa pour mettre son visage tout près du vieux visage loyal, qui pâlissait à cette approche expressive, puis, d’une voix basse, mais qui sembla, pour son interlocuteur, éclatante à faire vibrer tous les échos de l’antique domaine.
—«Et s’il n’était jamais revenu?... Si Renaud de Valcor dormait depuis vingt ans sous la terre sauvage des solitudes?... Si celui qui est ici n’était pas Renaud, et si vous, Marc de Plesguen, aviez, seul au monde, le droit de vous appeler le marquis de Valcor?...
—Taisez-vous!... Taisez-vous!...» murmura le père de Françoise, en jetant autour de lui un regard d’épouvante.
Il y eut un silence.
Les doux bruits de l’été frémissaient dans la profondeur des feuillages. Le chêne gigantesque se dressait dans sa séculaire majesté au-dessus des deux hommes. En prêtant l’oreille, on eût entendu vibrer, puis mourir incessamment, un rythme égal, qui était la respiration de l’Océan au repos.
—«O ma fille!» soupira enfin Marc, «c’est à cause de toi que je ne rejette pas tout de suite une pareille infamie.»
Il eut un recul, comme de dégoût.
—«Je ne veux pas entrer là dedans. Je ne veux pas!