—Vous seul,» déclara Escaldas, «êtes qualifié pour intenter l’action civile.

—Contre qui? contre mon cousin?... Non, non, assez!... Au nom de quoi?... Pourquoi?... Sur quelles bases?

—Je suis peut-être à même de vous fournir tous les éléments du procès. C’est parce que j’ai cru les découvrir là-bas, que je suis revenu si précipitamment d’Amérique, renonçant au poste fructueux que m’avait confié Renaud.

—Monsieur,» s’écria de Plesguen, «je ne suis pas votre homme. Le marquis de Valcor est mon cousin. Jamais je n’en ai douté, jamais je n’en douterai. C’est le cri de mon cœur, de ma conscience, de ma conviction. Portez vos odieuses combinaisons à d’autres. Je ne vous écouterai pas un instant de plus.»

Il fit deux pas pour s’éloigner, puis se retourna:

—«Moi, jouer un rôle de délateur! Moi, revendiquer un héritage!... Faire un procès pour cela!... Traîner le nom de Valcor devant les tribunaux!... Mais eussé-je bien autre chose pour m’y décider que les soupçons intéressés d’un Escaldas, eussé-je des preuves, entendez-vous, d’irréfutables preuves, je m’y refuserais encore ...»

L’ancien officier se montait. Il revint vers le métis.

—«Faites attention,» prononça-t-il, presque d’un ton de menace. «Vous le disiez bien tout à l’heure: il n’y a que moi qui sois qualifié pour soutenir les calomnies que vous avez essayé de m’insinuer. Eh bien! quand il n’y aurait que moi pour jurer devant tous que le marquis de Valcor est bien mon cousin, l’être que j’aime comme un frère, avec qui j’ai grandi, celui que, moi seul de notre famille presque éteinte, je connais depuis son premier jour, et dont seul je puis attester l’identité, vous me trouverez toujours prêt à déjouer vos projets et à le défendre contre vous. Tenez-vous-en pour averti, monsieur José Escaldas, je vous en donne ma parole, aussi vrai que je suis un gentilhomme français et que vous avez dans les veines trop de sang indien pour que jamais il y ait rien de commun entre nous!»

Sans attendre l’effet de ses paroles, M. de Plesguen tourna le dos, partit à grands pas.

Il regagnait le château par la même avenue ombreuse, d’où le soleil baissant disparaissait. Une paix lourde et obscure tombait des feuillages, tellement serrés qu’à peine une ligne de ciel clair se dessinait au milieu. Et Marc de Plesguen craignait de regarder, avec des yeux nouveaux, ces beautés naturelles, qui, par leur magnifique arrangement, éveillaient des idées de richesse humaine et de noblesse séculaire. La peur de les convoiter bassement l’excitait à se faire le champion de celui qui les possédait.