LE MARQUIS DE VALCOR avait médité longtemps devant les lettres d’amour—ces lettres ensevelies pendant vingt années et qui ressuscitaient une aventure mieux ensevelie encore. Car certains cœurs restent plus hermétiquement clos sur leur secret que les pierres scellées dans les murailles.
La réflexion absorba Renaud plus que la lecture. Des heures s’écoulèrent sans qu’il sortît de son immobilité. Enfin, son corps inerte, où la force de la pensée semblait avoir suspendu la vie physique, se dressa. M. de Valcor rassembla les papiers et les enferma dans une enveloppe, qu’il cacheta avec de la cire. Puis il se dirigea vers le chevet de son lit et commença de compter, à partir d’un certain angle, sur la paroi, des têtes de clous ornées qui fixaient la tenture. A la sixième, il s’arrêta et la dévissa. Un petit orifice se découvrit, dans lequel il introduisit une clef minuscule. Un panneau se déplaça. L’armature d’un coffre-fort apparut. Ce n’était plus le simple trou creusé dans le mur par une précaution d’amant. C’était un savant mécanisme, organisé par l’industrie de quelque ouvrier sûr pour abriter des trésors plus matériels. Avec une autre clef et au moyen d’un chiffre connu de lui seul, Renaud ouvrit le coffre-fort. Il y serra l’enveloppe contenant les billets jadis écrits par Gaétane de Ferneuse. Ensuite il sortit de sa chambre, et, le long d’une galerie, se dirigea vers le nouvel appartement de sa fille.
Il ne l’y trouva pas. C’était l’heure où Micheline, en face du ciel et de la mer, engageait sa vie à Hervé.
—«Mademoiselle est sortie?» demanda Valcor à une femme de chambre.
—«Mademoiselle est allée se promener dans le parc.
—Seule?
—Oui, monsieur le marquis.
—Est-ce que les ouvriers travaillent dans sa bibliothèque?
—Il y en a un, monsieur le marquis. Mais il prend seulement des mesures. Comme tout le monde devait dormir tard après le bal, monsieur Escaldas a défendu qu’on donnât des coups de marteau.»