VI

BERTRANDE

LE lendemain matin, de bonne heure, le marquis de Valcor s’était fait seller un cheval, et l’attendait, debout sur l’un des perrons du château, lorsqu’il vit s’approcher le prince de Villingen, son hôte pour quelques jours.

—«Vous sortez, mon cher marquis? Et à cheval, encore, si j’en juge d’après ces superbes bottes et ce stick épatant.»

Renaud eut ce sourire bien à lui, qui, plein de grâce aimable, n’encourageait cependant pas les familiarités.

—«Quelle belle matinée pour un canter à travers la campagne!» reprit Gilbert. «Ah! si je ne craignais pas d’être indiscret!...»

Il ne pouvait guère douter qu’il le fût, à l’expression refroidie du visage de son hôte. Mais le jeune prince Gégé,—comme on l’appelait dans les cafés de nuit et les boudoirs à la mode, à cause de la double initiale de ses noms: Gilbert Gairlance,—était trop habitué aux adulations, aux gâteries des femmes et des flatteurs, pour vouloir remarquer qu’on accueillait sans empressement un de ses caprices.