Bertrande s’arrêta, et, son douloureux sujet ne l’entraînant plus, elle sentit la confusion d’avoir parlé si longtemps.
—«Mais comme je cause!.. Excusez-moi, monseigneur le prince.
—Ne m’appelez donc pas «monseigneur le prince.»
Elle remarqua les sourcils froncés, le mouvement d’impatience. Gilbert s’énervait de ne plus rien comprendre à une situation qu’il avait jugée si claire. La mère de Bertrande devenant folle de douleur pour avoir perdu son mari, cela rendait singulièrement invraisemblable une intrigue de sa part avec le beau châtelain de Valcor.
—«Comment faut-il que je vous appelle?» demandait humblement la naïve Bretonne.
—«Appelez-moi «monsieur», tout simplement. «Monsieur Gilbert», si vous préférez.»
Un rayon passa dans le bleu étincelant des yeux ingénus. Donner ce nom charmant et familier à un prince! Cela parut à Bertrande un tel privilège qu’elle s’en offrit le plaisir immédiatement.
—«Eh bien, monsieur Gilbert,» dit-elle d’une voix tremblante de fierté ravie, «c’est ici qu’il faut nous dire adieu, si vous ne voulez pas manquer de retrouver monsieur de Valcor à l’auberge. Sa visite chez nous doit avoir pris fin à c’t’heure. Ce sentier, à gauche, vous ramène au mitan du village. Tandis que si vous continuez ma route, vous aurez un bout de ruban à revenir à pied avant de pouvoir remonter sur votre cheval.
—Tant pis, jolie Bertrande! Si vous ne m’aviez pas averti, je vous aurais suivie au bout du monde.
—Vous ne reviendrez pas vous promener de ces côtés?» demanda-t-elle, avec une de ses promptes rougeurs, et en inclinant la tête sur l’épaule, du geste sauvage et gracieux d’une fauvette qui s’apprivoise.