Il y avait si peu de rouerie ou de hardiesse en cette fraîche créature, que Gilbert éprouva de cette avance une petite émotion sincère, sans mettre en doute la pureté de celle qui la lui faisait.

—«Certes, je reviendrai,» s’écria-t-il avec élan.

Seulement alors, Bertrande eut conscience de ce qu’elle avait dit. La pudeur et la confusion la troublèrent. Elle s’échappa, d’une retraite si soudaine que Gilbert ne put prolonger leur adieu.

Après quelques bonds légers dans le sentier de la lande, elle se retourna pour le voir. Le prince lui envoyait un baiser. Elle sourit, avec une malice presque coquette, tant l’instinct s’aiguise vite chez la plus innocente des filles d’Ève—et celle-ci l’était réellement. Puis elle s’enfuit tout d’une traite.

Le prince cligna des yeux, pour mieux saisir la séduisante vision qui s’éloignait.

—«Tu es bien jolie, ma petite. Mais tu n’es que l’ombre ... Et j’aurai la réalité,» murmura-t-il.

Cette idée d’une conquête plus haute lui rappela que la première tactique consisterait à ne pas faire attendre le père de cette Micheline dont la beauté, comme la fortune, le fascinait.

Gilbert hâta le pas et regagna l’auberge, où il eut le temps de faire ressangler son cheval avant que le marquis y parût.

Le jeune homme remarqua tout de suite que le visage de son hôte s’était assombri. Renaud venait sans doute d’apprendre que sa petite protégée s’était envolée de la cage, qu’elle se refusait à découvrir en elle-même la vocation religieuse. Mais que diable cela pouvait-il bien lui faire, s’il n’y avait pas entre lui et Bertrande un lien dont le prince n’était rien moins que sûr depuis l’histoire du veuvage dément et désespéré?