—Et il est tombé?... L'as-tu raisonné, au moins?... Lui as-tu dit que le bon Dieu l'a puni?...

—Il sait bien que ce n'est pas le bon Dieu, madame la marquise.

—Comment?...

—Quelqu'un s'en est chargé, qui l'a terrifié et l'a fait descendre trop vite.

—Et qui donc?...» haleta la mère.

Louise Nobert se tut, la regarda au fond des yeux.

—«Lui?...» demanda Armande dans un souffle.

La paysanne, sans détourner son regard, inclina la tête.

—«Le misérable!...»

Dans les yeux fixes de Louise, qui semblaient en dire plus que ses paroles, Armande lut un clair avertissement. Elle devina que sa confidente n'osait tout lui dire, ou n'osait peut-être tout croire. Une question de plus, et elle eût connu le récit de l'enfant: M. de Malboise avait secoué l'arbre, tandis que le petit, rudement apostrophé, dégringolait sans précaution, en toute hâte. Et la chute s'était produite. Louise avait imposé le silence au garçonnet, que, d'ailleurs, une fièvre de courbature et d'épouvante fit délirer cette nuit-là. Elle voulut se taire elle-même. Son torturant soupçon venait de lui échapper. Mais elle sut gré à sa maîtresse de ne point le lui faire préciser davantage. Comment émettre une pareille abomination? Comment y ajouter foi sans douter de son propre jugement, sans rougir d'envisager une conception si scélérate?