—Ah!» dit la mère Poinclou, lançant de nouveau un coup d'œil à son mari, «je suppose que monsieur de Malboise nous saurait gré de lui éviter un dérangement à propos d'anciennes affaires dont il n'aime guère qu'on lui parle. Après tout, ça n'est pas un secret, l'adresse de la Louison. Elle s'est retirée ici, à Paris, quelque part sur la butte Montmartre.
—C'est vague, ça, la butte Montmartre.
—Attendez. Je vais vous dire. En montant la rue Lepic, n'est-ce pas? sur la droite, vous verrez une boutique d'herboriste qui s'appelle: Aux mille fleurs. C'est tenu par une belle-sœur de la Louison. La veuve à Nobert y est descendue après son malheur. Je ne crois pas qu'elle y demeure encore, rapport à ses nièces,—des petites pécores qui la grugeaient et l'insultaient. Parce que, voyez-vous, monsieur, tout ce qu'elle possède, la Louison, c'est du viager, bien entendu.»
Cette explication du sans-gêne des nièces parut choquer le jeune homme, malgré l'indifférence qu'il manifestait. Sa voix tremblait imperceptiblement lorsqu'il prononça:
—«Alors elle est malheureuse, la pauvre femme?...
—Dame, elle vous dira ça elle-même, puisque vous devez la voir,» reprit la méfiante Mme Poinclou.
—«Une boutique d'herboriste, rue Lepic, Aux mille fleurs,» se remémora l'étranger.
—«Oui. Là-bas, on vous renseignera mieux qu'ici.»
Il remercia les vieilles gens comme s'ils avaient montré la plus excessive complaisance, et partit.
Quand Poinclou reparut, après l'avoir accompagné jusqu'à la porte, il subit une rebuffade de sa gracieuse moitié.