—Non... Il est mort avant ta naissance. Autrement il aurait épousé ta mère.
—Vous voyez bien!...»
Elle ne voyait pas. Elle ne suivait pas dans ce cerveau chimérique l'envol des impatientes hypothèses. Mais le ton fiévreux, tendu, de l'interrogatoire, lui causait une impression pénible. Ce fils ne cherchait pas à connaître ses parents pour les aimer, pour sentir leur amour monter vers lui de leur tombe close, mais pour s'assurer qu'il devait la vie à des grands de ce monde... Et avec quelle indifférence il acceptait son dévouement, à elle-même, ne demandant même pas pourquoi elle l'avait si complètement adopté!
Cependant leur entretien se poursuivait sans suite, dans un tumulte de questions sans réponses, et de réponses que rien n'appelait. Ils avaient tant à s'apprendre! Chacun avait conçu la réalité si différente de ce qu'elle était! Le travail accompli par leur cerveau pour passer des suppositions—longuement échafaudées—à la nette conception des faits, retardait sur la volubilité de leurs paroles. Et bien des mots tombaient sans être saisis, comme si les deux interlocuteurs eussent parlé des langues étrangères.
—«Comment le marquis de Malboise a-t-il réussi à te faire passer pour mort?» interrogeait Louise. «T'avait-il perdu?... Enfermé?... Lui avais-tu échappé volontairement?... Et ton silence?... Obéissais-tu à des menaces?... à quelque abominable consigne?...»
Au nom du marquis de Malboise, le visage de Michel s'était contracté de haine.
—«Ah! maman,» s'écria-t-il, «dites-moi qu'il vit toujours, celui-là!
—Il vit.
—La justice n'est donc pas un vain mot. Et... il est heureux?
—Heureux, riche, influent, estimé, envié... autant qu'un homme peut l'être.