—Leur as-tu dit qui tu étais, ce qui venait de t'arriver?...
—Pas de danger, maman!...
—Pourquoi, mon Dieu?... Et pourquoi n'es-tu pas accouru tout de suite auprès de nous?
—Mais, comprends donc ma terreur! Retourner à Solgrès, reparaître devant monsieur de Malboise, me semblait la pire catastrophe qui pût encore m'arriver. Plutôt m'enfuir au bout du monde. Je devinais bien que le marquis avait intérêt à ma mort, qu'il se croyait à jamais débarrassé de moi. Il avait dû inventer quelque histoire au sujet de ma disparition. Et si je ressuscitais pour sa confusion et le renversement de son espoir, à quelle fin terrible, et cette fois certaine, sa fureur ne me vouerait-elle pas? N'avais-je pas jugé combien il est facile à un homme sans scrupules de tuer un enfant? Et je ne doutais pas que celui-ci ne réalisât toujours toutes ses volontés.
—Hélas! en effet. Il ne les a que trop réalisées!
—Qu'est-ce à dire?...
—Ta mère, la marquise de Malboise, avait fait un testament en ta faveur. Elle te léguait Solgrès.
—Solgrès!...» s'écria Michel avec un accent que rien ne saurait traduire.
Son âme aventureuse et pleine d'orgueil avait vibré follement à ce nom. Solgrès... Le château... le parc immense... les fermes... les futaies majestueuses, l'opulente demeure... Tout ce qui restait dans son souvenir comme l'image de la magnificence, rehaussé encore par le mirage des premières années, et par le recul des années de détresse. Solgrès!... Lui, le maître de Solgrès! Lui, qui avait erré par le somptueux domaine, petit être dédaigné, avec le triple poids sur ses épaules de la pauvreté, de la faiblesse et de la servitude. Pantelant de joie et d'inquiétude, il cria: