Une fierté passa sur le visage de la paysanne. Son corps chétif, ratatiné, se redressa. Au fond de ses yeux ternes passa le reflet des jours tragiques, l'équipée de guerre et d'amour que sa complicité fit sienne, son humble honnêteté couvrant la faute héroïque d'une Armande de Solgrès, l'enfant qu'elle détachait de son sein en cachette pour le lui tendre, les longs soucis, le long secret... Elle répondit:
—«Sa vraie mère?... Je suis bien plus!»
X
LE MORT VIVANT
Ce jour-là, il devait y avoir une interpellation à la Chambre. De bonne heure, dans l'hémicycle du Palais-Bourbon, les députés arrivaient. Une vigueur allègre les animait tous en l'attente de la bataille oratoire, qui devait être une des dernières de la session, car juillet tirait à sa fin. Une splendeur d'été rayonnait au dehors, pénétrait jusque dans l'immense vaisseau assombri de boiseries, s'opalisait en traversant la verrière du plafond.
La haute stature du marquis de Malboise parut à l'entrée de droite, s'avança, grandissant encore dans l'ascension des premiers degrés. Aussitôt ses collègues s'empressèrent autour de lui. Et non seulement ceux de son groupe, mais d'autres déjà placés au centre. Quelques-uns même quittèrent les bastilles de la gauche pour venir lui serrer la main. C'était l'homme du moment. Tous, jusqu'à ses adversaires, s'inclinaient devant sa chance merveilleuse. Le succès se suffit à lui-même. La foule n'admire le génie qu'à cause de la gloire.
Or, Pascal de Malboise atteignait au faîte d'une magnifique destinée. Sa carrière de grand seigneur et d'homme politique allait être couronnée, à cinquante ans, par un mariage qui apparaissait de tous points comme une éclatante fortune. Le lendemain, toute la fleur du Paris élégant signerait au contrat du marquis de Malboise avec Mlle Régine d'Ambarès, la jeune fille la plus en vue du faubourg Saint-Germain, par sa beauté, par son nom, et par la légende qui faisait de sa mère une fille du duc d'Évreux,—ce descendant de Henri IV, si semblable de traits, de bravoure et de galanterie, à son aïeul. Nul n'ignorait que le prince-prétendant, parrain de la fiancée, avait voulu ce mariage. C'était accorder à son champion au Parlement un gage suprême de faveur que de lui donner la main de cette filleule, qu'on regardait comme sa cousine germaine, sans qu'il fît rien pour détruire cette opinion.