Michel.»
Pâle et toute froide, Denise tenait toujours le coquillage, dans lequel, avec une sorte de honte, elle avait vivement replacé le billet.
—«Maman, t'est-ce tu fais?... Il va pas parler, l'anze, avec ce vilain papier.»
Ce vilain papier!... Un frisson plus pénétrant secoua la jeune femme.
—«Tais-toi... Tais-toi... Non, l'ange ne parlera pas aujourd'hui.»
En hâte, elle remit le coquillage en place, tourné comme avant, et s'occupa de distraire le petit bonhomme, pour qu'il ne s'obstinât pas à le réclamer quand Louise rentrerait. Deux minutes après, celle-ci parut. Et le bébé ne songea plus à écouter les anges quand il vit le tablier de maman Louison gonflé de choses mystérieuses qui devaient être bonnes à manger. Elle étala des pommes, des poires, des nèfles, des noix, sur la table.
—«Croyez-vous?... Hein!... Les enfants de cette dame sont cultivateurs. Alors ça vient d'eux. Est-elle gentille!... Je vais vous en faire un paquet, Denise, bien ficelé, pour que vous puissiez le porter commodément. Ça sera pour les goûters du bijou.»
Denise la regardait, les mains jointes. Sur la tête de Louise, elle vit la coiffure en tulle noir et nœuds de velours, jadis pimpante, maintenant affaissée, jaunâtre, défraîchie. Elle vit la camisole de mérinos, dont les manches avaient été refaites en une étoffe différente. Elle vit la jupe raccourcie par un ourlet qui repliait le bord usé... Alors elle s'approcha, saisit dans ses bras la vieille femme, et baisa le front aux menues rides, sur lequel ses larmes coulèrent.
—«Allons,» fit gaiement Louise, «vous voilà bien émue pour quelques méchants fruits!... Et encore on me les a donnés.
—Ce n'est pas à cause des fruits. Mais écoutez... Notre pauvre Michel... Celui qui n'est pas là... Vous l'aimez tant!... Dites... Vous pouvez bien... à moi... Dites-le... que vous êtes sa vraie mère!...»