Un jour, comme Denise et son enfant se trouvaient chez Louise, la voisine qui demeurait au-dessus de celle-ci vint la chercher pour déballer une bourriche de fruits, dont elle enverrait quelques-uns à ce chérubin du bon Dieu—si joli que c'était une joie pour elle de le guetter par la croisée. La maman et le bébé,—qui trottait déjà tout seul,—demeurèrent dans le salon aux bibelots disparates et si piteusement vulgaires, musée rétrospectif d'une vie simple, dont ils illustraient les étapes.
Le garçonnet, tout à coup, eut la fantaisie qu'on lui approchât de l'oreille un gros coquillage, à la conque épineuse et rébarbative, à la profondeur rose, où, par jeu, maman Louison lui faisait souvent écouter le chuchotement des anges qui disent au petit Jésus les noms des enfants bien sages.
—«Ze veux savoir si l'anze dit mon nom, maman.»
Denise prit l'énorme coquille, se disposant à l'approcher de la mignonne oreille, qu'elle dégageait des boucles brunes.
—«Attends,» fit-elle, «il y a dedans un papier. Je vais l'ôter... Tu n'entendrais pas.»
Négligemment, elle enlevait une lettre, glissée là, oubliée, ou cachée, peut-être. L'idée de la lire ne lui serait certes pas venue, si, avec un tressaillement, elle n'eût reconnu l'écriture de son mari. D'un geste vif, elle sortit le feuillet de l'enveloppe, l'ouvrit. Quelques lignes, vite parcourues, lui sautèrent au cœur:
«Chère maman Louison,
«Si tu pouvais, puisque voici la fin du mois, envoyer encore cent francs à l'adresse que tu sais, tu me tirerais d'un bien grand embarras. Et je te rendrais le tout ensemble.
«A la hâte et un bon baiser de
Ton dévoué