—«Gardez vos mots pour tout à l'heure, mon cher. Vous en aurez besoin.
—Bah! Malboise ne sera jamais à court.
—Enfin on ne pourra pas faire tomber le Gouvernement sur cette question de personnes.
—Cette question de personnes est une question de principes,» déclara le marquis avec force. «Le Gouvernement a-t-il, oui ou non, sacrifié des magistrats parce qu'ils n'ont obéi qu'à leur conscience? C'est ce que nous allons voir.
—La preuve sera difficile à faire.
—Point n'est besoin de preuve pour convaincre. C'est une atmosphère à créer. Je m'en charge.»
Il ne présumait pas de lui-même. On l'avait vu plus d'une fois jongler avec on ne sait quelles forces magnétiques et créer dans une assemblée de surprenants remous d'opinion. Sans discours de longue haleine,—car il montait rarement à la tribune,—rien qu'avec les éclats de trompette de sa voix de cuivre, excitant et dirigeant les charges, en jetant la note décisive au moment opportun, ce diable d'homme avait décidé plus d'une victoire, jeté bas plus d'un Ministère. Aussi on prédisait tout au moins la démission de Bardal comme garde des sceaux et la désorganisation du Cabinet, rien qu'à voir, au premier coup de sonnette du président, le marquis de Malboise s'asseoir devant son pupitre, se croiser les bras, et dresser sa face de molosse, aux babines moustachues, retroussées d'ironie.
Cependant, la discussion était à peine ouverte qu'un huissier s'approcha du marquis pour lui remettre un billet. Pascal, tout frémissant d'attention, posa distraitement l'enveloppe.
—«Pardon, monsieur le député,» murmura l'homme aux revers rouges, «il paraît que c'est urgent.