—«Tu m'as fait peur. Oh! pourquoi?...

—Cette malheureuse pouvait te voir.»

Occana précipita le pas. Un instant ce fut comme une fuite.

—«Je ne peux pas te suivre,» haleta Michel.

Mais on s'arrêta. Au bord d'une avenue, le visiteur considérait un accident en apparence bien dénué d'intérêt: deux ou trois pierres disposées là, par hasard ou avec intention, mais qui devaient occuper cette même place depuis des années, à en juger par leur enfoncement dans le sol et la mousse qui les couvrait. C'était la base d'une puérile forteresse, construite par lui lorsqu'il jouait dans ce parc sous le nom d'Armand-Michel Bellard.

Ce jour-là, il avait excité la première colère sérieuse du marquis de Malboise. Il le revoyait, la canne levée. Et, à côté du maître haineux, la figure si blanche et si alarmée de sa mère...

Alors il poursuivit son chemin, l'air si sombre, que le petit garçon n'osait plus lui parler.

Cependant, quand ils eurent fait une autre rencontre, deux fillettes toutes pareilles, avec des teints de fleur, des yeux de ciel et des cheveux d'or envolés, Michel se remit à bavarder.

—«Tu sais, papa, c'est Lou et Luce, mes petites amies, les filles à monsieur Montier, et qui n'ont plus de maman. Tu les as bien vues, à l'Épée-de-Bois?»

Le nom de Montier tira Occana de sa rêverie.