—«Veuillez nous suivre sans esclandre, par égard pour Madame, et pour la marquise de Malboise, chez qui vous vous trouvez.
—Messieurs,» dit Occana d'un ton singulier, mais calme, presque digne, «vous ne savez pas à quel point ce nom de marquise de Malboise m'est sacré. D'ailleurs, étant innocent, je ne crains rien. J'ai hâte d'aller avec vous éclaircir ce malentendu. Marchons.»
Denise, qui venait de le voir bouleversé d'une façon si effrayante, qui venait d'entendre l'aveu dont elle frissonnait encore, crut perdre le sens. Elle passa ses deux mains sur son visage trempé de sueur froide, puis elle balbutia, indiquant la pièce du fond:
—«Ton fils...»
Comprit-il ce qu'elle voulait dire? Le savait-elle bien elle-même?... Il se tourna, paisible.
—«Embrasse-le pour moi. A quoi bon le réveiller pour lui dire adieu? Cette gaffe judiciaire ne peut me retenir longtemps.»
Et il s'éloigna, le sourire aux lèvres.
Quand il fut dehors, Denise se traîna jusqu'à la croisée. Elle le vit descendre le perron, gagner la grille, et monter avec ses deux gardes du corps dans une voiture, qui attendait. La portière claqua, les roues grincèrent. A l'instant même, les gendarmes prirent le trot, et tout disparut.
Voici ce qui avait amené l'arrestation de l'hôte temporaire de Solgrès.
Le petit Michel garda le secret de l'arrivée mystérieuse par le souterrain. Les recommandations de son père et le fantastique de l'aventure lui en imposaient trop pour qu'il osât désobéir. Il continuait à ne pas se rendre compte de l'existence d'une porte, et à croire que le talus s'était miraculeusement ouvert par la volonté des fées. Quant à y retourner voir, il n'en avait pas le courage tout seul. Mais la curiosité le dévorait. Sa puérile imagination s'enfiévrait en des rêves mirifiques. Puisque son père ne se décidait pas à le conduire dans le merveilleux domaine, ne pouvait-il, sans raconter l'aventure, inciter quelqu'un à l'y accompagner?