Dans le pays, des légendes commençaient à courir sur ce crime inexpliqué, à mesure que les détails s'effaçaient dans les mémoires. Les grottes en avaient conservé un prestige sinistre. On ne s'y aventurait guère. Mais c'était, en l'occurrence, une tentation de plus pour un adolescent hardi, tel que ce Léon. Sans plus s'inquiéter des enfants dont les racontars lui avaient mis martel en tête, il résolut d'explorer les souterrains au premier dimanche.
C'est ce qu'il fit.
Muni d'allumettes et d'un rat-de-cave, il se rendit dans le bois sans en rien dire à personne, et passa quelques heures à fouiller les recoins des galeries. Aucune trace du drame ténébreux n'y restait. L'instruction close, on avait gratté sur le mur la main sanglante. Et jamais ce lieu d'obscurité, de silence, ne livrerait le secret de ce qui s'était passé là.
Le jeune Léon ne se sentait pas très à son aise durant son exploration. Mais le désir de réaliser une découverte extraordinaire le rendait intrépide. A la fin, comme il arrivait, sans s'en douter, tout près de la porte de fer communiquant avec le parc de Solgrès, il fut frappé de l'état du sol au fond d'une espèce de niche. Sous une pierre surplombante, qui figurait vaguement une tête de bélier, un petit monticule semblait fraîchement amoncelé, si l'on en jugeait par des traces de raclure tout autour. Et la terre noire s'y mêlait à la poussière blanchâtre du grès—preuve qu'on avait remué assez profondément.
Léon se mit en devoir de disperser à coups de soulier ce petit tas, puis de creuser en dessous avec son couteau. Il ne tarda pas à sentir le heurt de la pointe contre une surface métallique. Alors il s'acharna. Et bientôt il découvrit partiellement le couvercle d'une boîte en acier. Son émotion fut si grande que la tête lui tourna presque.
C'était un honnête enfant, ce Léon. La cupidité l'animait moins que l'idée de jouer un rôle, de se donner de l'importance. D'ailleurs, l'aspect de sa trouvaille, au lieu d'affermir son audace, le rendait plus timide. Qu'y avait-il dans ce coffre rébarbatif? Peut-être des objets précieux. Mais peut-être aussi quelque chose de dangereux et d'effroyable.
Léon rejeta précipitamment un peu de terre pour le recouvrir, battit en retraite, galopa jusque chez Montier, et, tout d'une haleine, raconta la chose à son patron. Celui-ci approuva pleinement sa conduite. Il le prit avec lui et s'en alla prévenir le commissaire de police d'Étampes. Nul doute qu'on ne fût en présence d'un indice de la plus haute gravité, qui donnerait enfin la clef du mystérieux attentat dont le marquis de Malboise avait jadis été victime.
Le commissaire de police pria Montier lui-même de l'accompagner avec les outils nécessaires, et enjoignit à Léon de ne pas ébruiter l'aventure.
Quelques heures plus tard, le coffret, forcé en présence du juge de paix, découvrait son contenu. A la grande stupéfaction des assistants, ce ne fut rien de relatif à l'affaire de Malboise qui s'offrit à leurs yeux, mais des bijoux, que le commissaire de police reconnut immédiatement. Il alla chercher un papier, qu'il lut à haute voix, tandis que le juge de paix identifiait sur la description les colliers, les bagues, les bracelets, qu'ils avaient sous les yeux.
—«Qu'est-ce donc que cette liste?» demanda ce magistrat.