«ARRESTATION DE MIGUEL ALMADO»

Telle fut l'émouvante annonce que toutes les feuilles arborèrent en caractères énormes à leur manchette.

Par une entente tacite, et surtout peut-être parce qu'on ne change pas une étiquette adoptée par la foule, personne, dans la presse, ni au Palais, ne donna couramment à l'inculpé, le nom d'Occana, sous lequel on l'avait découvert. C'était Almado qu'on soupçonnait et qu'on recherchait depuis l'assassinat de Mme de Cardeville. C'était Almado que connaissaient et qu'allaient retrouver les témoins de cette affaire. Almado seul aurait à se disculper de l'accusation qui pesait sur lui. L'instruction s'occupa dans la mesure nécessaire de son autre personnalité. Mais, comme celle-ci ne jetait aucune lumière sur le crime, les circonstances aidèrent, pour la laisser à l'écart, au scrupule des magistrats, soucieux d'épargner à Solgrès, à sa fondatrice et à sa directrice, une flétrissure inutile.

Tandis que se déroulaient les premières phases de cette cause retentissante, la femme et l'enfant qu'aurait pu saisir et broyer l'horrible engrenage, demeuraient donc sous la sauvegarde d'une charité prestigieuse. L'œuvre de Solgrès rayonnait comme un exemple inouï de générosité privée. L'admiration, le respect, s'inclinaient au seuil. Dans cet asile, le cœur de la pauvre Denise pouvait se convulser d'angoisse et saigner un sang d'agonie. Du moins la honte imméritée ne l'atteignait pas, non plus que son fils.

Et là-bas, en face de la grille tutélaire, de l'autre côté de la route, dans le reflet vermeil et le pétillement de la forge, un être en qui s'incarnaient le travail, l'honneur, la bonté, faisait ce rêve: la guérir un jour d'avoir tant souffert au contact du vice, de l'inconscience et de la haine.


XV

HASARDEUSE IDYLLE