—«Il doit être bien tard, Fanny.

—Près de dix heures. Madame la marquise se trouve-t-elle mieux?

—Encore un peu de migraine. Mais je vais me lever.

—C'est que je venais dire à madame la marquise... Il y a là madame Varouze qui désire parler à Madame, tout de suite, pour une affaire importante.

—Madame Varouze?» répéta machinalement Régine, étonnée d'une visite si matinale.

—«Oui... Ce qui l'amène est tellement urgent, qu'elle demande si madame la marquise ne la recevrait pas au lit.

—Mais... sans doute... A l'instant même... Priez madame Varouze de monter.»

«Pauvre femme!...» pensa Régine, tandis qu'on allait prévenir son amie. «Le moment est-il arrivé de cette aventure que je crains sans cesse pour elle?... Avec sa sentimentalité maladive, son imagination toujours en fièvre, elle ne peut vivre sans amour près de ce mari qu'elle a adoré et dont la froideur haineuse l'affole. En vain ai-je voulu détourner vers la charité ces sources tumultueuses de tendresse... Les malheureux, pas plus que son enfant, ne suffiront à remplir ce cœur, non seulement vide, mais brisé, détraqué, ouvert à toutes les suggestions périlleuses.»

Ses appréhensions furent dépassées par l'aspect de Claire Varouze, que la femme de chambre venait d'introduire. Celle qui entrait, avec une figure de morte où brillaient des yeux de délire, s'avança jusqu'au lit, se laissa tomber sur un siège tout proche, puis s'abattit de tout le buste contre les couvertures, en sanglotant.