L'autre, brusquement, éclata:
—«Oh! Régine... qu'allez-vous penser?... Vous ne comprendrez pas... Vous me jugerez sans excuse... N'est-ce pas une chose horrible?... J'ai peur que ce misérable n'ait des lettres de moi.
—Des lettres qu'il vous a volées... ou qu'il a volées chez quelqu'un? A qui s'adressaient-elles, ces lettres?...
—Il ne les a pas volées.
—Trouvées alors?... Interceptées?... Mais à qui, ces lettres? A qui?...
—A lui-même,» dit la malheureuse femme, en courbant la tête.
Mme de Malboise demeura muette de stupeur.
Alors ce fut, de la part de Claire, au lieu des réticences, des paroles arrachées une à une, le soudain débondement de son cœur, le flot lâché de la confidence amère. Elle se hâtait à présent de tout dire, pour ne pas laisser à Régine le loisir des interprétations sévères, pour présenter son histoire inouïe sous le jour le moins déplorable.
Son amie écoutait, consternée, mais non sans indulgence. L'explication, ce n'est pas toutefois le récit trépidant, désordonné, involontairement illusoire, de Claire, qui pouvait la lui fournir. L'explication, elle était bien plutôt dans le geste, dans la physionomie, dans l'accent, sur les traits dissymétriques, partout où se trahissait le déséquilibre, la dégénérescence, l'excitabilité du système nerveux. C'était presque un phénomène d'hypnotisme que racontait Mme Varouze, cette hasardeuse idylle, ces rendez-vous avec un inconnu, dont tout de suite, dès la première rencontre, le regard l'avait hantée, fascinée, la volonté l'avait conquise et dirigée malgré elle.
—«Les jours, les rares jours, où je m'étais engagée à le rejoindre,» expliquait-elle, «j'avais beau prendre la résolution de n'y pas aller... Quand l'heure arrivait, il me fallait partir... C'était comme une force qui me poussait.»