Elle donnait à cela des raisons romanesques: coup de foudre, irrésistible fatalité du sentiment, attraction des âmes... Et elle revenait sur son isolement, sur les blessures de sa vie conjugale, sur la beauté, le charme de ce passant, qui, d'une heure à l'autre, était devenu tout pour elle.
—«Et,» demanda Régine d'une lèvre tremblante, «vous croyez que cet homme, cet inconnu, dont vous ne savez pas le vrai nom... ce serait... Miguel Almado?...»
Tout bas, dans un chevrotement de honte, Claire avoua:
—«L'idée m'en est venue, d'après un indice, puis un autre. Et d'abord, depuis la disparition d'Almado, qui s'est caché plusieurs semaines, je n'ai plus eu de nouvelles.
—Quand avez-vous reçu les dernières?
—La veille de cet horrible crime.
—Mais les journaux ont publié son portrait. Ne l'avez-vous pas reconnu?
—J'ai eu peur de le reconnaître... Almado porte sa barbe, tandis que l'autre... Puis les portraits des journaux sont si fantaisistes!
—Alors qu'est-ce qui vous a fait croire?...
—Des descriptions... Ses yeux, sa voix prenante, ses manières câlines... On le peint comme si séduisant, ce monstre!...»