Régine prit la parole:

—«Ah! monsieur le juge d'instruction, ce désespoir vous toucherait davantage encore si vous en connaissiez toute l'amertume, si vous saviez quelles fatalités ont pesé sur cette âme exaltée et sans défense, laissée à elle-même par des désastres intimes... Si vous compreniez de quelles fascinations peuvent être victimes ces natures crédules et nerveuses...»

Elle n'en pouvait expliquer davantage. Mais le juge eut, vers elle, un coup d'œil d'intelligence, et murmura, hochant la tête:

—«Je comprends...»

Il connaissait la fragilité humaine, et surtout féminine, les détraquements de la volonté, les influences demi-hypnotiques sous lesquelles tombent de pauvres créatures trop vibrantes après d'excessives meurtrissures de leur sensibilité. Peut-être aussi connaissait-il André Varouze. Il eut pitié. S'asseyant à son bureau, et les yeux vers ses dossiers pour éviter la gêne de son regard à sa triste visiteuse, il prononça très doucement:

—«Veuillez me répondre, madame. Je suis obligé de vous interroger, car vous êtes ici comme témoin. Votre déposition—à moins qu'elle ne comporte quelque renseignement relatif à la cause, ce qui me paraît peu probable—ne sera pas versée aux débats. Quant à vos lettres, je suis obligé d'en faire prendre copie. Mais je transcrirai moi-même celle ou se trouve votre véritable nom, c'est-à-dire la dernière... Et je vous rendrai les originaux... Ou bien nous les brûlerons ici, devant vous. Êtes-vous plus tranquille?...»

Un faible «merci» traversa le mouchoir sous lequel Claire étouffait ses sanglots. Puis, tout de suite, cette exclamation navrée:—«Mais lui?... Ne parlera-t-il pas?... Ne me nommera-t-il pas?... Et en pleine audience peut-être!...»

Le juge ne répondit que pour demander:

—«Comment, madame, avez-vous eu l'imprudence de livrer à un inconnu le secret de votre personnalité?... Lui-même montrait plus de méfiance. Vous ne le connaissiez que sous le nom d'Armand. Et votre correspondance, poste restante, s'adressait à des initiales.

—Il ne m'écrivait plus,» balbutia-t-elle. «Je pensais que ma résistance à révéler mon nom l'éloignait pour toujours. J'étais affolée.