Elle se détourna, tandis qu'un tremblement l'agitait à l'idée du souterrain tout proche.

«Heureusement,» se dit-elle, «aucune trace n'y peut conduire. Que nous avons bien fait de ne point passer par là!... Mais si l'Italien, qui a la clef, avait l'imprudence d'entr'ouvrir seulement la porte, il pourrait être aperçu par ce sac de choucroute.»

Cette idée cassait les membres de la Louison. Une faiblesse la rabattit sur sa chaise. Aussi faillit-elle s'évanouir d'émoi quand soudain un coup discret fut frappé à sa porte. Quelque chose d'insinuant et de suppliant dans cet appel lui fit imaginer que le soldat de Garibaldi, assez fou pour être sorti de son refuge, lui demandait asile. Elle retrouva la force de s'élancer. Elle ouvrit...

Le colonel prussien pénétra sans façon dans la chambre.

—«Fulez-fus donner moi une allumette? Mon cigare il s'est édeint,» dit-il.

—«Il y en a là, sur le poêle... Prenez-en vous-même, puisque tout vous appartient ici,» répliqua-t-elle, farouche.

Elle avait fait trois pas en arrière et se tenait toute droite, blanche comme la petite chemise de la layette, qu'elle gardait entre les doigts.

—«Tute m'appartient?...» reprit l'Allemand. «Ah! je le futrais»!... Il s'avança, les mains agitées, les yeux luisants. «Je futrais que le plus cholie chose ici m'appartiendrait...»

Impossible de se tromper sur le sens de ses paroles et la violence de son désir.