—«Si c'est de moi que vous parlez, vous ne m'aurez pas!...» cria Louise éperdue, cherchant autour d'elle une issue ou une arme. Mais elle se reprit et d'une voix plaintive: «Vous ne ferez pas cela!... Vous ne serez pas lâche avec une femme, vous, un militaire!...» supplia-t-elle. «Vous êtes un officier, vous ne vous conduirez pas comme une bête fauve!...»
Le visage enflammé du Prussien pâlit un peu. Il hésita, puis il partit d'un gros rire.
—«Mais non... mais non... pas une bête fauve. Un homme amoureux... voilà tout. Fus êtes charmante quand fus êtes encolérée ainsi. Fus êtes plus cholie, safez-fus, que la demoiselle du château.»
Il pensait la flatter, elle, une inférieure, par cette comparaison. Mais elle s'indigna d'entendre toucher à Armande.
—«La demoiselle du château!... Il n'y a pas une femme dans toute l'Allemagne qui vaille seulement son petit doigt.»
La gaieté du colonel brandebourgeois s'épanouit.
—«Gut!... Gut!...» répétait-il en s'esclaffant. «Ces Françaises, elles ont de l'esprit! Des vrais petits diables!... Savez-vous une chose, mademoiselle?...
—Appelez-moi «madame». Je suis mariée.
—Ah!» fit l'Allemand soudain refroidi, avec un regard involontaire vers une porte du fond.
—«Oh! n'ayez pas peur, mon mari n'est pas là... Il est allé se battre contre vous autres,» reprit la femme du garde avec une véritable dignité.