—D'ailleurs,» ajouta encore Armande, «le seul danger serait que les Prussiens le surprissent quand il sortira du souterrain. Dans le parc ou chez toi, s'ils l'aperçoivent un instant, cela ne peut pas leur porter ombrage. Il marche comme tout le monde, à présent, sa blessure n'éveillera donc pas les soupçons. Il n'a pas d'arme sur lui... Lors de sa récente arrestation, on lui a pris son revolver. Quant à la lettre, elle est fixée dans la tige de son autre botte, et parfaitement dissimulée sous ce morceau de cuir que tu nous as procuré toi-même...»
Louise hocha la tête.
—«On le trouverait bien jeune pour ne pas être au régiment...
—Il est étranger.
—Un trop beau monsieur pour les vêtements qu'il porte... Les Prussiens ne le prendraient pas pour un gars du pays.
—Tu m'épouvantes!... Mais c'est qu'il en rencontrera, des Prussiens, par les routes.
—Vous savez bien, mademoiselle, qu'il marchera surtout la nuit. Ayez bon espoir. Tours n'est pas si loin. Pourvu seulement qu'avec tant de retard, sa mission ne soit pas devenue inutile!»
Inutile ou non, Michel Occana était bien résolu à l'accomplir. Il s'agissait de la France, deux fois aimée désormais, puisque c'était la patrie d'Armande. Et il s'agissait d'un ordre donné par Garibaldi, son chef adoré, son dieu. Aussi quand le jeune homme sortit du souterrain, quand il aperçut la silhouette attentive de la Louison, et reconnut le signal rassurant, ce fut dans un élan de joie héroïque qu'il bondit sur la pente du ravin, en atteignit le bord et salua le soleil,—un frileux soleil d'hiver,—qui lui sembla radieux comme la liberté, la gloire et l'amour, pour lesquels battait son cœur.
—«Prenez garde, monsieur,» observa Louise, «votre jambe n'est peut-être pas bien solide.»